Septembre
Alexandre Vialatte, Almanach des quatre saisons :
Voici septembre et son étonnante lumière. Le soleil entre dans la Balance. Le son du cor se meurt au fond des bois.
La prune de Jérusalem tombe avec un bruit mou dans le jardin du presbytère ; une guêpe en suce la blessure d’or. Les brouillards viennent.
Septembre, neuvième mois de l’année, se compose de trente jours de plus en plus rapides, et de nuits ornées d’étoiles de plus en plus belles.
La colchique, poison mauve de l’automne, parsème les prés froids. Jamais la lumière n’a été plus pure.
L’écureuil, écœuré de résine, partage les mûres avec les grives et les fauvettes. Des bandes d’oiseaux parcourent le ciel. Voici le gang des corneilles noires, le parlement des pies, le tribunal des corbeaux, le geai sauvage et polyglotte, qui sème des forêts de chênes en dispersant les glands...
Les sorbes, les cornouilles sont mûres, et la grive descend des montagnes.
Prends ton carquois.
Les boules de neige et les rosés sont nés cette nuit, par longues traînées.
Prends ton filet à champignons.
Les chaumes sentent la paille tiède, la poussière est chaude. Les arbres laissent pendre un branchage accablé devant l’abreuvoir où la boue desséchée a moulé le pied double des bœufs. Calme. Voici l’équinoxe, le jour est plus jaune, la lumière a vieilli.
Prends ton panier pour les vendanges, voici déjà l’arrière-saison
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