le son du cor
chez Louis, on peut croiser Charlemagne et son armée, qui viennent de Roncevaux
Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.
A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées,
De Luz et d'Argelès se montraient les vallées...
chez Louis, on peut croiser Charlemagne et son armée, qui viennent de Roncevaux
cassé, rongé, brûlé, comme Raspoutine il survit ; il porte encore des feuilles !
il a connu des heures de gloire quand la sorciere Raven y habitait, Raven, vous savez bien, célébre pour son ragoût de rat aux pruneaux....
une photo de Jean François
Il y a chez le boeuf une nostalgie profonde. Il regarde l'homme d'un oeil triste ; une bave d'argent lui pend de chaque côté de la bouche. Et tout à coup il se met à meugler. C'est un cri qui sort du sous sol, c'est un écho dans une caverne, c'est un brouhaha médiéval. On dirait le soupir d'un pêcheur au fond d'une cathédrale gothique. C'est un effroi du XIIIe siècle, c'est un fracas préhistorique : la nuit des temps qui chante le requiem dans le gouffre de Padirac...
Alexandre Vialatte
fruits d'eucalyptus
les souvenirs et les regrets aussi...
(eh non, il n'y avait pas de clown au fond.(clic) ...quoique....)
Au bord des chemins d'eau
si blancs que l'on croirait qu'ils sont de pierre
nous marchions sans bruit
La terre était comme une barque tiède après la pluie
Un ciel étrange et brun s'allumait sous nos pas
de mille et mille fleurs
partout le vent se tissait à la lueur
Etions-nous déjà la courbe prochaine
la fin de nacre vert qui n'en finirait
pas
d'irriguer le labour des flammes souterraines ?
Viviane Lamarlère
une carte postale de Martine la Pélerine
Georges Brassens
Tant de cerises à venir,
mais les merles moqueurs ont déjà fait leurs plans...
....Voy, le ciel rit à la terre
Serenant l'air d'un beau jour :
Voy, la terre fait l'amour
Au ciel, et de soy desserre
De son tresor le plus beau,
Pour doire de son nossage
Etalant le renouveau
De son odoureux fleurage.
Les fruitiers de fleurs blanchissent,
Les prés se peignent de fleurs,
Et de flairantes odeurs
Tout l'air embamé remplissent.
Oy les bruyans ruisselets,
Qui clair-coulans trepignotent,
Oy les chantres oyselets,
Qui doucetement gringotent.
Voy, les oyseaux s'aparient,
Et du nectar amoureux
Enyvrez (les bien heureux)
Leurs amours dans les bois bruyent.
Voy sur cet arbre à desir
Ces tourtourelles mignardes
Sous un frissoneux plaisir
S'entrebaisoter tremblardes.
Jean-Antoine de BAÏF
Je témoigne que le soldat
Qui vient de reposer son verre
Ne veut pas entrer dans la gare
Ne veut pas monter dans le train
Il ne veut pas qu’un wagon morne
Le bouscule dans la nuit ;
Il ne veut pas qu’on le réveille
Sous un hangar plein de caissons.
Il ne veut pas d’un tas de paille
Dans la masure bombardée,
Ni de l’encoignure de glaise
Qui se dérobe sous les reins.
Ses lèvres ne frémissent pas
A l’idée de l’arme qui plonge
Dans une poitrine vivante.
Il n’aime pas le sang séché
Dans les rainures du métal.
Ce qu'il veut à en défaillir
A se'en laisser croûler par terre
C'est être chez lui, ce soir même,
Chez lui, dans la pièce du fond.
Il veut mettre sa vieille veste,
Il veut s’asseoir dans le fauteuil
Qu’on a poussé vers la fenêtre,
S’asseoir, les jambes allongées..
Il veut entendre un pas dans l’ombre,
Un meuble qui craque, une voix,
Un roulement rieur de bille
Qui va se perdre sous l’armoire.
Et je parle quand même au nom
De ces hommes sans importance.
J’ai l’audace de faire comme
S’ils méritaient d’être entendus.
Ils disent, puissants de ce monde,
Qu’ils sont bien fatigués de vous
Qu’on vous a vus jouer cinq ans
Avec la chair et les canons.
Et qu’il est temps, qu’il est grand temps
D’éponger notre sang qui fume
Et de laisser enfin la paix
A ces hommes sans importance..
Ne prenez donc pas tant de peine
A forger des malheurs sublimes.
Je vous assure que la paix
Est plus facile qu’on ne dit.
Relâchez un peu votre zèle
Dormez, il fait si bon dormir.
Nous ne penserons pas tout seuls
Au rassemblement des armées
Vimy, le champ de bataille suivre le lien pour l'histoire
Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu
Quand j’ai déchiré ta chemise, et toi non plus
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille
Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre ;
Et toi le tatoué, l’ancien légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux..
On part Dieu sait pour où
Ca tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu.
Quelque part ça commence à n’être plus du jeu,
Les bonshommes là-bas attendent la relève
Roule au loin roule le train des dernières lueurs,
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur.
Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées.
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un nom d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri. »
Louis Aragon
Dehors il vente. Morne réveillon! Il semble que ces grands anniversaires nous rendent plus tristes que de coutume. On songe aux Noëls passés, à l'incertitude d'en connaître d'autres ...
Demain, peut être demain ? ... Certes beaucoup, les yeux ouverts dans l'ombre, songent à cette boucherie, voient leur chair écartelée et pantelante ...
L'angoisse m'étrangle. Ce bouillonnement d'animalité et de pensée, qui est ma vie, tout à l'heure va cesser. Sur les perspectives de l'avenir qui toujours sont pleines de soleil, un grand rideau tombe. C'est fini! ... je n'ai que vingt et un ans.
Ah! si j'échappe à l'hécatombe, comme je saurai vivre! Je ne pensais pas qu'il y eût une joie à respirer, à ouvrir les yeux sur la lumière, à se laisser pénétrer par elle, à avoir chaud, à avoir froid, à souffrir même. Je croyais que certaines heures seulement avaient du prix. Je laissais passer les autres. Si je vois la fin de cette guerre, je saurai les arrêter toutes, sentir passer toutes les secondes de vie, comme une eau délicieuse et fraîche qu'on sent couler entre ses doigts. Il me semble que je m'arrêterai à toute heure, interrompant une phrase ou suspendant un geste pour me crier à moi-même : "Je vis! je vis!"
Et dire que tout à l'heure, peut être, je ne serai qu'une chair informe et sanglante au bord d'un trou d'obus!
Cafard, Paul Lintier , tué le 15 mars 1916.
Je l'ai encore dans l'oreille, le chant du
Onze novembre.
Des hymnes? La Madelon ?
Mais non, voyons, souvenez-vous :
Ah! Il n'fallait pas, il n'fallait
pas
Qu'y aillent ...
Cela fusait des rues comme un rire triomphant, un grand rire de délivrance. La France soulagée l'a lancée jusqu'au ciel, cette boutade d'un passant reprise par un million de voix: "Il ne fallait pas qu'y aillent!" ces meurtriers vaincus, et l'on promenait sur les boulevards leurs canons devenus des joujoux. Cependant, tandis que la foule exultait, je me rappelais les boulevards, quatre ans plus tôt, quand couraient vers les gares ces cohortes de jeunes gens qui ne reviendraient plus, et au lieu de chanter, noyé dans cette mer humaine, j'élevais ma pensée vers la funèbre armée qui emplissait la nuit.
Il fallait qu'ils y aillent ceux-là, ils y étaient allés, et, dans leur troupe immense, je cherchais des visages, je réclamais tout bas mes morts ... Pas seulement les amis : les autres aussi, surtout les autres, ces figures effacées dont on n'a pas su le nom, le camarade de corvée qui a pris ton fardeau quand tes genoux pliaient, celui qui a déchiré ta capote lorsque, pris dans le barbelé, tu allais y rester, le petit volontaire qui a crié : "Présent!" quand il fallait traverser le tir de barrage pour porter un ordre d'où dépendait notre sort.
Tu me comprends bien : le frère d'un instant, celui qu'on rencontrait par hasard et qu'on retrouvait, le lendemain, en travers du boyau, ou couché sur la piste, ses doigts durcis enfoncés dans l'argile et un dernier rictus lui découvrant les dents ...
Ah! non, je n'ai pas chanté ... J'aurais dû peut-être, mais les souvenirs me serraient la gorge. Il défilait trop de fantômes dans ce ciel sans étoiles. Aujourd'hui encore, en écrivant ces mots désordonnés qui veulent jaillir ensemble, je crois entendre les clameurs de l'Armistice et je lève les yeux vers la nuit éternelle où passaient les suppliciés. C'est ce défilé-là qu'auraient dû regarder les survivants.
Roland Dorgelès
...Voilà qu'à l'horizon s'élève une clameur ;
Elle approche, elle vient, c'est la tribu des oies.
Ainsi qu'un trait lancé, toutes, le cou tendu,
Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,
Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.
Comme un double ruban la caravane ondoie,
Bruit étrangement, et par le ciel déploie
Son grand triangle ailé qui va s'élargissant.
Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,
Engourdis par le froid, cheminent gravement.
...Ils entendent le cri de la tribu qui passe,
Ils érigent leur tête ; et regardant s'enfuir
Les libres voyageurs au travers de l'espace,
Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.
Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,
Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,
A cet appel errant se lever grandissantes
La liberté première au fond du coeur dormant,
La fièvre de l'espace et des tièdes rivages.
Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,
Et jetant par le ciel des cris désespérés
Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.
Guy de Maupassant, les oies sauvages
....Tout était mort dans les futaies ;
Voici, tout à coup, plein les haies,
Plein les sillons,
Du soleil, des oiseaux, des brises,
Plein le ciel, plein les forêts grises,
Plein les vallons.
Ce n'est plus une voix timide
Qui prélude dans l'air humide,
Sous les taillis ;
C'est une aubade universelle ;
On dirait que l'azur ruisselle
De gazouillis....
Nérée Beauchemin
(le bien nommé...)
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